Il s'agit de monter des dossiers de financement impliquant des partenaires nationaux ou internationaux pour des entreprises ou des laboratoires de recherche. « Cela implique de savoir construire des budgets, rédiger des argumentaires pour des dossiers scientifiques très pointus en compétition avec d'autres dossiers, pour obtenir des financements qui sont très limités », explique Xavier Fabre.
Avant d'embaucher Y.TA (1), le patron de Vitamib a publié une offre par l'intermédiaire de l'Apec (association pour l'emploi des cadres). Résultat? Une trentaine de candidatures « à côté de la plaque ».
« Monsieur TA a été reconnu unanimement et sans équivoque comme le meilleur postulant, explique Xavier Fabre dans un courrier à Genviève Fioraso, députée de l'Isère. Il a obtenu la meilleure appréciation, notamment grâce à sa maitrise technique du poste qui résultait de son expérience en tant que manager de projet dans un cabinet concurrent Parisien ». Sa candidature a donc été retenue.
Le changement de région imposant une réévaluation de la situation du jeune nigérien, Xabier Fabre saisit la direction du travail de la région Rhône-Alpes (Direccte).
« Elle a mis quatre mois à me répondre », signale-t-il. Dans l'intervalle, Vitamib a embauché Y.TA en CDI. Il est rémunéré 2000 euros net par mois, « le salaire de la profession », affirme son employeur. Le jeune nigérien a démissionné de son emploi parisien et emménagé à Grenoble.
La réponse de la direccte? Une « décision de rejet de la demande d'autorisation de travail de M. Y.TA, ressortissant nigérien », assorti d'une injonction à Vitamib de le licencier sans délai. L'administration justifie sa décision par la situation du marché en Rhône-Alpes. « Ils disent que j'aurais dû embaucher des candidats locaux », explique Xavier Fabre. Mais, insiste-t-il « les profils de manager de projets de recherche innovants et collaboratifs sont extrêmement difficiles à trouver ».
Aujourd'hui, Y.TA est dans une situation kafkaïenne : en règle à Paris, expulsable à Grenoble. « Il va s'inscrire au chômage et coûter de l'agent », plaide son employeur. La France se prive par ailleurs d'un potentiel qu'elle a formé puisque ce jeune nigérien est titulaire d'un master de management de l'innovation à l'IAE (Institut d'administration des entreprises, ndlr) de Grenoble.
La décision de l'administration pourrait également causer des difficultés à Vitamib. « Je suis déjà en surcharge de travail, je cherche des salariés à recruter que je n'arrive pas à trouver. Et on me demande de licencier », souligne Xavier Fabre. Créée il y a douze ans, cette entreprise emploie aujourd'hui douze salariés.
Son directeur général peut faire appel de la décision de l'administration. Mais cette procédure est longue et non suspensive.
Catherine Coroller
(1) son nom a été anonymisé.


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