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            10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 13:53

            Centrafrique / Opération Sangaris : « La vérité est que la France n'a pas l'esquisse d'une solution politique »

            Comment en est-on arrivé là ? Alors que les troupes françaises se positionnaient à Bangui dans le cadre de l'opération Sangaris, les flambées de violences inter-communautaires et les affrontements entre groupes « rebelles » ont fait plusieurs centaines de morts.

            Un niveau de violence qui en dit long sur le désastre en cours en république Centrafricaine. Deux soldats français ont été tués dans la nuit du 9 au 10 décembre.

            Le feu vert du Conseil de sécurité de l'ONU à une intervention de la France en soutien à la force africaine, présente dans le pays vise à mettre fin aux exactions. La présence militaire à Bangui et dans les grands axes stratégiques devrait jouer un rôle dissuasif, au grand soulagement évident, pour l'instant, des populations. Mais qu'en sera t-il ailleurs dans ce pays plus grand que la France ?

            Depuis de longs mois, des associations, des ONG ont tiré la sonnette d'alarme. En mars dernier, lorsque la Séléka a pris le pouvoir, avec l'accord tacite de la France et l'implication du Tchad, le pays était déjà au bord du gouffre.

            Quelles mobilisations et quelles actions ont été menées ces dernières années sur le plan diplomatique, stratégique, et d'influence sur les pays voisins pour empêcher l'effondrement ? Aucune.

            La seule réponse est d'avoir attendu l'incendie généralisé pour procéder à ce que la France sait le mieux faire, intervenir militairement. Mais dans quel objectif ?

            Cette lourde question reste sans réponse. Par le passé, l'armée française est en effet déjà intervenue des dizaines de fois.

            Depuis 124 ans, Paris occupe, fait et défait les régimes de Centrafrique. Lors de la colonisation, d'abord, d'une violence extrême, puis au travers de la Françafrique. On comprendra dès lors qu'il ne peut y avoir de blanc seing. La confiance n'est pas de mise quand bien même l'intervention s'apparente aujourd'hui à une opération de sécurisation.

            Car les mêmes acteurs qui ont failli – dont les pays de la sous-région – prétendent apporter une solution. Certes, la France s'engage sous couvert des Nations unies, au travers d'une résolution qu'elle a écrite.

            La vérité est que la France n'a pas l'esquisse d'une solution politique, au-delà des discours convenus et de la promesse d'organiser au plus vite des élections. Elle va en Centrafrique pour rétablir un « minimum d'ordre » dans la région et reprendre la main sur la plan économique, tout cela en lien avec l'Union européenne et les États-Unis.

            Dans ce contexte, l'annonce d'une présence « temporaire » des militaires français s'apparente à une fable. Cette façon de gérer le conflit ne peut conduire qu'à perpétuer l'instabilité, la violence et l'échec. La résolution du conflit est possible à la condition de prendre le contre-pied des motivations réelles qui ont conduit à cette intervention. Il s'agit de mettre au placard les vieux réflexes.

            Paris doit se désengager sur le plan militaire et agir pour une solution politique en faveur de la reconstruction du pays et de sa souveraineté. La France doit travailler à une véritable action multilatérale permettant de s'attaquer aux causes réelles qui ont conduit à la déstabilisation du pays, de mettre fin aux tensions régionales et de lutter contre la pauvreté, dans ce pays qui regorge de richesses.

            Extraits de l'intervention d'André Chassaigne à l'Assemblée nationale le 10 décembre:

            Je m’associe bien évidemment, au nom de mon groupe, à l’hommage rendu aux soldats morts en Centrafrique.
            A peine un an après l’engagement de la France au Mali, notre pays se lance dans une nouvelle opération sur le continent africain. En République Centrafricaine.......

            ..... L’Afrique demeure donc un terrain d’actions militaires pour la France.
            Ce qui fait d’ailleurs regretter à Amnesty International et à la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), qui ont pris acte de cette résolution, l'absence de mise en place plus rapide d'une véritable force de maintien de la paix des Nations unies.
            Vous l’avez compris, nous avons, pour qualifier le sentiment qui nous anime, un réel malaise face à cette intervention.
            Nous pensons, en effet, que la France n’a pas vocation à jouer le rôle de gendarme de l’Afrique. Les valeurs anticoloniales, toujours défendues par les communistes, nous l’interdisent.
            Ces valeurs de solidarité doivent, au contraire, nous pousser à mettre sur pied un partenariat équitable et durable, un système d’aide au développement plus efficace, plus proche des populations. Elles nous obligent également à rompre définitivement avec la Françafrique et à encourager les démocrates africains et les diasporas militantes, pour faire tomber les honteuses tyrannies africaines qui n’ont que faire des peuples qui ne cessent de s’appauvrir. Ces dictatures qui préfèrent défendre les intérêts des firmes privées, tentaculaires, exploitant aujourd’hui 80 % des gigantesques gisements africains, et dont les bénéfices sont rapatriés dans des paradis fiscaux.
            Notre pays a une dette morale considérable envers le peuple de Centrafrique. Une dette qui nous oblige à reconnaître que nous n’étions pas les mieux à même pour intervenir dans la situation dramatique qui le frappe.
            Nous sommes attachés au multilatéralisme et donc favorables au recours à une force d'interposition sous l’égide de l'ONU. Mais une force qui soit multilatérale. Cela suppose que la France ne soit pas la seule à être impliquée, sur le terrain, aux côtés de la Misca. C’est la communauté internationale, dans son ensemble, qui doit être mobilisée. Cette force doit avoir pour mission de créer les conditions d'un cessez-le-feu, d'un secours organisé aux populations en détresse et d’ouvrir la voie à l'État de droit. Elle ne le pourra que si elle ne peut être soupçonnée d’agir au nom d’intérêts à préserver dans une ancienne colonie.
            C’est en « lanceur d’alerte » que je m’adresse aujourd’hui à vous : les interventions militaires françaises vont à contre-courant de l’Histoire. La mission de la France, c’est de défendre la stabilité et la paix des peuples en Afrique. Notre pays n’a pas vocation à défendre des dictatures et des Etats artificiels. La mission de la France, pour être en harmonie avec ses valeurs et ses idéaux des Lumières, n’est pas d’être le gendarme de l’Afrique. Elle est de remiser les visions géo-stratégiques nées du temps de la colonisation pour en écrire d’autres, respectueuses des peuples, de leurs richesses et de leur souveraineté. C’est ainsi que la France se grandira.

            Texte intégral

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